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La traversée royale : des Dômes de Miage au mont Blanc par Bionnassay

Arête enneigée au lever du jour dans le massif du Mont-Blanc

Alpinisme · Grande traversée · Dômes de Miage, Bionnassay et mont Blanc

Un dimanche soir, je rencontre Loïck à Chamonix. Le mardi, on part ensemble pour trois jours en montagne : les Dômes de Miage, Bionnassay, puis le mont Blanc. Entre les deux, une cordée qui s’agrandit, des parties d’échecs, un rappel laborieux et un refuge comme je les aime. Mon premier mont Blanc pouvait difficilement mieux commencer.

Arête enneigée au lever du jour dans le massif du Mont-Blanc
Premières lueurs sur les arêtes, avant une longue journée vers Bionnassay et le mont Blanc.

J1 — Un van aux Contamines, une cordée à inventer

Avec Loïck Gaudin, on se connaît depuis deux jours. On s’est rencontrés le dimanche soir à Cham et, le mardi, nous voilà déjà aux Contamines à déposer le van. Le programme commence par une journée de marche. De la « rando », certes, mais avec pas mal de dénivelé positif et très peu de descente pour reposer les jambes.

On attaque vers 8 heures. À cette altitude, en plein mois de juillet, la chaleur est déjà bien présente. Heureusement, le rythme est bon. Environ quatre heures plus tard, un peu après midi, on arrive au refuge sans souci. Il reste tout l’après-midi devant nous.

Les gardiennes sont hyper sympas, la nourriture est bonne et on prend vite nos habitudes : lire du Largo Winch, jouer aux échecs, ne pas faire grand-chose. Le genre de préparation que je valide assez facilement.

Au dîner, on fait la connaissance d’Étienne Vandamme. En discutant, on découvre qu’il a exactement le même projet. Il est parti seul, estimant pouvoir gérer le risque de crevasse. Le courant passe tout de suite entre nous trois et il se joint à nous pour la suite. Partis à deux, on continuera en cordée de trois.

J2 — Les Dômes de Miage et la galère du rappel

Départ vers 6 h 30. Les crampons entrent en action dans des pentes de neige dure. Loïck a la caisse et pousse fort en montée, mais la cordée avance bien.

Cordée progressant sur une pente de neige avec le mont Blanc en arrière-plan
En cordée sur les pentes de neige, le mont Blanc en ligne de mire.

La traversée des Dômes se déroule sans problème. Nous la trouvons techniquement facile dans les conditions du jour, même si le vent se fait bien sentir. Les quelques passages d’arête en rocher délité me plaisent aussi : j’aime ce genre de progression, où l’on cherche ses appuis et son chemin entre les blocs.

La première vraie galère vient du matériel, au rappel avant le refuge Durier. Pour alléger les sacs, nous avons emporté une Rad Line de 30 mètres, complétée par celle d’Étienne. Comme le rappel sur cette cordelette n’est pas mon point fort, j’avais fait quelques essais le lundi pour évaluer le freinage de mon système.

Le résultat est assez ironique : ça freine trop. Descendre devient vite fastidieux. Je ne suis d’ailleurs pas le seul à galérer ; chacun y met un peu du sien. C’est le seul rappel de notre traversée, alors on prend notre mal en patience. Le gain de poids se paie ici en minutes et en agacement.

Durier, la montagne que j’aime

On arrive à Durier vers 13 ou 14 heures. Je découvre alors à quel point deux refuges peuvent offrir des expériences différentes. Ici, c’est un petit cabanon d’une vingtaine de couchages, une ambiance très cosy et une gardienne qui a été bergère. De la neige fondue sur le toit sert à préparer les repas.

Refuge Durier au pied des arêtes rocheuses
Le refuge Durier, posé au pied de l’arête.

La montagne que j’aime, en somme.

Tout le monde ou presque est là pour la même course. On croise notamment des Autrichiens et deux guides avec leurs clients. Bionnassay et le mont Blanc sont dans toutes les têtes, à commencer par la mienne.

La grosse journée du lendemain me travaille un peu. Le stress est là, mais la fatigue fait son boulot. Je m’endors sereinement et la nuit se passe bien.

J3 — Bionnassay à trois heures du matin

À 3 heures, on quitte le refuge. La journée commence par la remontée de l’arête de Bionnassay. Les passages en crampons se succèdent et les transitions se font efficacement. Au pied des difficultés, nous nous encordons pour progresser corde tendue.

Alpiniste face à une arête glaciaire crevassée
Au pied des difficultés glaciaires de Bionnassay.

C’est là que notre choix de matériel prend une autre dimension. Sur trois jours, le poids économisé avec une Rad Line plutôt qu’une corde à double nous avait paru intéressant. Mais une cordelette hyperstatique n’offre pas l’amortissement d’une corde dynamique. Sur cette arête, notre sentiment est très clair : la chute n’est pas une option.

Point matériel — Ce passage rapporte notre choix ce jour-là ; il ne constitue pas une recommandation. Petzl précise que la Rad Line ne peut pas amortir une chute et impose des restrictions d’usage. Notre aisance dans le terrain ne change pas ces limites. Voir les précisions techniques du fabricant.

Nous sommes tous les trois à l’aise dans le niveau rencontré. L’escalade nous paraît facile, le cheminement évident, et nous avançons bien. L’arête est parcourue en 2 h 40.

Du fil de Bionnassay au sommet du mont Blanc

La suite est une longue marche pour rejoindre le Dôme du Goûter en suivant la ligne de crête. Il y a du gaz, mais le cramponnage se passe bien. Les crevasses rencontrées ne nous posent pas de difficulté ce jour-là.

Le problème devient surtout l’altitude. On la sent franchement, même si nous gardons un bon rythme. Le Dôme du Goûter, puis Vallot : nous avançons vers la montée finale.

Avant 10 heures, nous sommes au sommet du mont Blanc. Mon premier. Par les Dômes de Miage et Bionnassay, avec deux compagnons que je ne connaissais pas quelques jours plus tôt.

Trois alpinistes encordés au sommet avec les reliefs du massif en arrière-plan
La cordée réunie au sommet, au terme de la traversée.

Pour Étienne, la descente va prendre une autre forme. Nous l’aidons à préparer son décollage en parapente. La deuxième tentative est la bonne : il quitte le sommet pour un vol d’environ quarante minutes en direction des Contamines.

Avec Loïck, on reste sur une méthode plus familière : redescendre à pied. Le parapente ne fait pas partie de nos compétences. Dommage pour les jambes.

Le sommet, puis encore une sacrée descente

La descente est longue et casse-pattes. À midi, on s’arrête au Goûter pour manger, puis on repart vers le Nid d’Aigle. L’arête du Goûter me semble pénible, avec ce rocher péteux qui n’aide pas à apprécier la fin de journée.

Je réalise seulement après l’avoir franchi que nous venons de traverser le fameux « couloir de la mort ». Nous n’avons observé aucune chute de pierres pendant notre passage. C’est le constat de cet instant, pas une garantie sur le couloir.

Au Nid d’Aigle, on est caput. Plus de jambes. Ces heures de descente ont tapé sévère. Le train tombe à pic.

On retrouve Étienne à Saint-Gervais. Il nous ramène gentiment en van aux Contamines, où l’on récupère notre véhicule et partage un dernier verre avant de se séparer. Les jambes sont encore en vrac, mais la conversation dérive déjà vers l’intégrale de Peuterey pour l’année suivante. Forcément.

Retour à Cham, burger et projets

Avec Loïck, on rentre à Chamonix manger un burger bien mérité devant un match de foot. Le lendemain, nos chemins se séparent : il part retrouver sa chérie dans les Écrins et je reste pour assister à une étape de la Coupe du monde d’escalade.

En trois jours, je retiens autant les arêtes que les rencontres. Loïck croisé le dimanche, Étienne rencontré au dîner, Durier et son ambiance, la fatigue de la descente. Et, au bout de tout ça, ce premier mont Blanc.

Alpine style, without oxygen, babyyyyyyyy.

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