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Road to Montcalm : trois tentatives pour apprendre la montagne

Alpinisme hivernal · Montcalm, Pique d’Estats et Verdaguer · Trois tentatives

Le Montcalm est le premier des sommets ariégeois de plus de 3 000 mètres que j’ai voulu découvrir. Il m’aura fallu trois départs, deux renoncements et quelques erreurs sérieuses avant d’atteindre enfin le sommet.

Bon, soyons honnêtes : l’Ariège n’est pas le massif des plus hauts sommets. Le Montcalm reste pourtant une montagne exigeante par la longueur de son approche et par l’isolement du terrain. Mon histoire avec lui commence en octobre 2024, avec un sac, un piolet neuf et l’idée d’effectuer un repérage pour une future tentative hivernale.

Octobre 2024 — partir trop tard, trop léger

Dans mon esprit, le trajet paraît simple : environ 10 kilomètres et 1 000 mètres de dénivelé positif jusqu’au refuge du Pinet, puis une distance comparable pour rejoindre le sommet. Le problème vient surtout de mon manque d’expérience. J’envisage l’ascension comme une randonnée classique, avec du matériel de bivouac et la certitude de pouvoir poser un abri n’importe où en cas de besoin.

Je sous-estime aussi la météo. De la pluie est annoncée, mais je prête peu d’attention au vent à 50 km/h prévu pour toute la nuit. Cette accumulation d’erreurs va rendre la tentative dangereuse.

Je pars à 15 heures. Après deux heures d’approche, la pluie commence à traverser mes vêtements. Le haut tient grâce à mon imperméable — je n’avais pas encore investi dans une veste hardshell — mais mon pantalon est trempé. J’arrive au refuge vers 18 heures et prends le temps d’évaluer la situation : l’air est trop froid pour faire sécher quoi que ce soit, je n’ai ni réservation ni argent, et dormir à l’intérieur paraît difficilement envisageable.

Je décide malgré tout de continuer aussi haut que possible, avec l’idée de poser le bivouac si la situation devient critique. Marcher doit me permettre de lutter contre le froid du pantalon mouillé, et mon moral encore bon me pousse à réduire autant que possible l’effort du lendemain.

Une nuit à tenir

Je dépasse les lacs, où un autre randonneur a déjà installé sa tente, puis continue faute d’emplacement adapté. Une heure et demie plus tard, je mesure enfin la gravité de la situation. À force d’encaisser la pluie et le vent, mon corps s’est refroidi et mes doigts commencent à geler.

Ma sécurité reposait sur la possibilité de monter la tente n’importe où. Mais ma MT900 tarp de Decathlon est un abri à montage bâtons, peu adapté à un vent de 50 km/h. Surtout, je progresse désormais dans un pierrier sans végétation et ne trouve aucun emplacement correct.

Je finis par installer la tente sur un morceau de rocher plat, avec des doigts gelés, en la maintenant grâce à des pierres et à des cairns improvisés. J’enlève mes vêtements mouillés et me glisse dans mon duvet, lui-même protégé par un sursac que j’ai heureusement pensé à prendre.

Le reste de la nuit sera une longue attente jusqu’au matin. La tente s’effondre partiellement sous le vent. Je me retrouve davantage sous une bâche que sous un toit, mais l’essentiel est là : je ne mourrai pas d’hypothermie.

Au petit matin, le sommet a disparu de ma tête. Mon seul objectif est de redescendre en vie. Je profite d’une accalmie pour démonter l’abri, le plier sommairement et repartir avec ma doudoune — le seul vêtement resté sec — et une couverture de survie nouée comme un pagne. Son effet coupe-vent se révèle étonnamment efficace.

La marche jusqu’au van est longue. J’ai honte, mais je suis vivant. Ce jour-là, je comprends que la météo n’est pas une information qui rend l’expérience plus ou moins difficile : c’est un facteur déterminant.

Mars 2025 — renoncer sans se mettre en danger

Ma deuxième tentative a lieu fin mars 2025, près de six mois plus tard. Les conditions sont très différentes : neige, crampons et piolet sont de mise. Le plan consiste à dormir au Pinet, puis à faire le sommet et la descente le lendemain.

Sur le papier, le projet tient. L’échec viendra d’ailleurs. La sortie s’est décidée sur un coup de tête et je suis moralement peu en forme. Puis je néglige la neige de printemps : en partant encore à 15 heures, je me retrouve à brasser dans une soupe impraticable. À skis, j’aurais peut-être eu une chance ; en crampons, je m’enfonce parfois jusqu’aux hanches.

Je comptais sur le regel nocturne du lendemain, mais une troisième erreur me fait rebrousser chemin avant le refuge : je n’ai pas téléchargé les cartes hors ligne. Malgré ma précédente tentative, mon sens de l’orientation ne me permet pas de localiser le Pinet avec assez de précision. Sans savoir exactement où je suis et sans grande motivation, je fais demi-tour. Cette fois, au moins, je ne me mets pas en danger.

La troisième tentative

Comme on dit, la troisième fois sera la bonne. Je repars début janvier. Ce n’était pas prévu : un problème avec mes chaussures m’empêche complètement de chausser les skis. Faute de pouvoir skier, je décide d’occuper mon week-end autrement et de retourner au Montcalm.

L’approche est la même que lors de la tentative précédente, mais les conditions de neige et mon état d’esprit sont bien meilleurs. Je brasse encore, mais j’atteins enfin le refuge du Pinet. J’y rencontre trois Toulousains en raquettes venus avec le même objectif. Ils comptent partir à 4 heures le lendemain ; je décide de les suivre. Dans la nuit, des Espagnols que j’avais dépassés à la montée nous rejoignent, sans avoir l’air très pressés.

À 4 heures, nous partons à la frontale. La progression est plutôt tranquille et la neige porte correctement, même si je regrette mes skis. J’atteins le Montcalm un peu avant les autres, qui visent surtout la Pique d’Estats. Au sommet, je rencontre un alpiniste venu bivouaquer la veille pour photographier le lever du soleil. Ses traces nous ont d’ailleurs bien aidés pendant la montée.

Montcalm, Estats, Verdaguer

Après le Montcalm, direction la Pique d’Estats. L’approche du sommet se révèle un peu plus technique, mais sans difficulté majeure dans les conditions du jour. Cette fois, nous y sommes.

Autoportrait hivernal au sommet devant les drapeaux
Au sommet, dans la lumière du matin.
Alpiniste près de la croix sommitale dans les Pyrénées enneigées
Quelques instants au sommet avant de poursuivre.

Histoire de terminer la collection, je passe rapidement par le pic Verdaguer avant de redescendre avec les autres jusqu’à la vallée. Nous nous séparons finalement à la gare de Tarascon, où ils reprennent le train.

Cette fois, je suis venu, j’ai vu et j’ai vaincu.

Ce que le Montcalm m’a appris

Ce que je retiens de ces trois tentatives, c’est avant tout l’apprentissage. Le Montcalm n’est pas un sommet techniquement difficile, mais le chemin est long, montagneux et isolé. Évoluer sur ce type de terrain demande d’en avoir une compréhension correcte. Sans elle, les risques peuvent devenir graves.

Cette fois, mes erreurs m’ont permis d’apprendre. En montagne, on n’a pas toujours autant de chance.

Récit personnel — Ce texte raconte une expérience vécue dans des conditions précises. Il ne constitue ni un topo ni une recommandation d’itinéraire. En montagne hivernale, les conditions et les risques évoluent rapidement.

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